LINE DE COURSSOU ET L'OASIS D'ABIDJAN

Article paru dans Madame Figaro Figaro du Samedi 26 Novembre 1994 No. 15636

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  Soulager la souffrance grce une chane d’amour

Sance de pese l'Oasis (ci-dessus) organise par Sœur Joaline et une jeune infirmire franaise bnvole. Le contrle du poids des enfants donne des indications essentielles sur leur tat de sant: les bbs sidens souffrent de diarrhes chroniques et maigrissent trs vite. A l'Oasis, des enfants vivent un autre drame: leurs parents sont tous les deux morts du sida. C'est pour accueillir ces orphelins -- de plus en plus nombreux en Afrique -- que Line a fait construire une nouvelle maison.

Ses grands yeux noirs qui mangeaient son petit visage amaigri, il y a trois mois encore, ptillent de joie. C'est samedi. Adama, sourire aux lvres, aide les sœurs de Mre Teresa distribuer les rations hebdomadaires de nourriture quatre cents familles. L'Oasis, c'est un peu les Restaurants du cœur d'Abidjan. Huit religieuses vivent dans ce couvent bleu et blanc, au cœur du bidonville du Grand Campement, Koumassi, o s'entassent quatre cent vingt mille habitants (en majorit des immigrs du Burkina et du Mali), dont prs de 90 % ont moins de trente-cinq ans. Rgulirement, deux sœurs de Mre Teresa se rendent dans le bidonville pour y slectionner les familles les plus dmunies qui viendront le samedi frapper leur porte.

Adama est atteinte du sida. Son mari et ses enfants en sont dj morts. Le mal lui offre des priodes de rpit qui lui permettent de participer aux activits de l'Oasis tout en restant pensionnaire du pavillon Saint-Joseph, celui des adultes sidens, ct du pavillon Sainte-Thrse, qui accueille les enfants. Sur les murs, il y a cette frise:

Les Anges ne meurent pas, ils retournent au ciel.  

Tout a commenc un soir de mai 1991, sur le bord de l'autoroute lagunaire d'Abidjan. Line de Courssou, frachement dbarque en Cte d'lvoire avec son mari, consul gnral, dpasse en voiture deux petites sœurs de Mre Teresa qui marchent le long de la route. Demi-tour. Line s'arrte, prend les religieuses son bord. Coup de foudre. Etat d'urgence. Une extraordinaire entreprise va natre. En quelques mots, cette femme nergique va trouver un terrain constructible, signer une convention avec le gouvernement ivoirien et commencer les travaux, grce toutes les bonnes volonts qu’elle parvient mouvoir en France aussi bien qu’en Cte d'lvoire. Elle vient singulirement conforter l'action des sœurs de Mre Teresa qui sont arrives Abidjan, en 1986.

Le pavillon Sainte-Thrse peut recevoir une cinquantaine de bbs et de jeunes enfants malades, handicaps, dont 80 % sont atteints du sida. Chaque jour, une centaine de gamins du bidonville sont nourris dans le coin de la potion magique . II s'agit d'une prparation base de biscuits protins, de sucre, de soja, de lait et de beurre. Le contrle du poids des enfants est un des indicateurs essentiels de leur tat de sant. Ceux qui ne grossissent pas sont, le plus souvent, sidens. Lucile, une jeune pdiatre ivoirienne du CHU de Treichville, un autre quartier d'Abidjan, vient deux fois par semaine examiner les bbs sropositifs (sur les cinquante et un accueillis depuis le dbut, vingt-quatre sont dj morts). C'est un vritable matraquage qu’il faudrait faire en matire de prvention , soupire-t-elle devant l'hcatombe. Les prlvements des malades sont envoys au Cedres, le Centre de diagnostic et de recherche sur le sida, install depuis un an Treichville avec l'aide de la coopration franaise et second par une association, Respect international, cre il y a un an. En Cte d'lvoire, 17 % des adultes entre vingt-cinq et trente-cinq ans, 16 % des femmes enceintes et 88 % des prostitues vent sropositifs. Ces statistiques sont alourdies par un autre chiffre: celui des orphelins du sida, les enfants dont les parents sont morts de la maladie mais qui eux-mmes n’en sont pas atteints. Selon l'Organisation mondiale de la sant, ils seront neuf millions en l'an 2000 dans toute l'Afrique subsaharienne.

Chef d'orchestre de cette journe de fte pour le bidonville, Sœur Shalom, supervise des oprations de distribution. Le soir, dans la petite chapelle des malades, elle partagera avec ceux qui le souhaitent, chrtiens ou musulmans, quelques pages d'Evangile.

Pendant que le grand chantier de l'Oasis sortait de terre, Line de Courssou en lanait un autre quelques pas, la Maison de Christopher, du nom d'un ami donateur. Cet difice peut accueillir quinze enfants avec une mamie , une ancienne institutrice ou une assistante sociale. Le but: recrer une cellule familiale tout en s'autofinanant et en rsorbant en partie la crise des logements insalubres. A ct de la maison, sur le mme terrain, Line a fait construire cinq studios louer, ainsi qu'un petit magasin. Avec les foyers des studios et le revenu du magasin, la mamie fait bouillir la marmite sous l'œil vigilant des sœurs et des frres salsiens, installs, une fois de plus grce Line, quelques pas de la maison. Prsentes dans trente-cinq pays d'Afrique, dit-elle, ces congrgations ont derrire elles plus de cent vingt ans d'exprience des enfants de la rue, qu’elles pourraient tout fait transposer aux orphelins du sida, dans d'autre maisons de Christopher.

Leurs chemins se croisent au dbut de l'anne, au cours d'une runion organise par la Mission de la coopration franaise. II s’agissait de rpartir un fond spcial de dveloppement entre plusieurs œuvres sociales. Sœur Yvonne et Sœur Bernada, toutes deux salsiennes, y rencontrent Line venue reprsenter les religieuses de Mre Teresa. Son bureau ambulant accroch l’paule -- un sac d'o surgissent plans, cartes et calculette --, la femme du consul de France reprend son bton de plerin. Direction la mairie de Koumassi. Le maire ne rsiste pas longtemps l’ouragan Courssou et cde, pour un prix minime, quelques milliers de mtres carrs. Dans quelques mois, le Centre de promotion fminine ouvrira ses portes et offrira des cours d'alphabtisation, mais aussi de prvention contre le sida. De leur ct, les frres salesiens s’embourbent dans un arpent de terre noy par la lagune. Line de Courssou appelle des amis la rescousse. On vient remblayer le terrain. Le Village Don Bosco, du nom de saint Jean Bosco, qui fonda cette congrgation religieuse internationale en 1872 en Italie, est lui aussi prt sortir de terre.

Ce n'est pas le dernier rve de Line. Elle voudrait aussi crer une maison familiale qui duquerait les familles sur la prvention du sida, mais aussi sur la limitation des naissances, par la valorisation du rle de l'enfant. Tout cela, c’est grce une grande chane de solidarit, une chane d'amour , explique-t-elle en mettant en avant les trois mots cls de son action Koumassi: coopration, collaboration, coordination. Un formidable travail d'quipe entre les religieux, le maire de Koumassi, la Mission de la coopration franaise, le gouvernement ivoirien et les donateurs privs. Encore fallait-il un artisan qui assemble les maillons de la chane , rplique Sœur Yvonne. Line hausse les paules. Elle est dj partie, mission accomplie, pour un autre pays d'Afrique, rejoindre son mari et d'autres aventures. Avec, pour viatique, une trs belle devise: Nul ne s'est jamais perdu dans le droit chemin. ISABELLE LEGRAND-BODIN

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Line (ci-dessus) et l'un de "ses" cinquante enfants du pavillon SainteThrse. Avec les sœurs et les nounous, elle a repeint en blanc les lits en fer rcuprs en France. Chaque jour, cent jeunes enfants du bidonville sont nourris dans le coin de la potion magique , grce une prparation base de biscuits protins, de sucre, de soya, de lait et de beurre. Tous les samedis matin, ce sont des familles qui viennent chercher la nourriture pour la semaine. La lutte contre la malnutrition est aussi une des missions du centre.

Nous croyons aux anges bien intentionns

Ne nous ont-ils pas aids

Ne nous ont-ils pas entours

Ne nous ont-ils pas ports

Ne nous ont-ils pas anims

Ne nous ont-ils pas gts

Ne nous ont-ils pas aims

Sur la terre ils seraient

Nous les avons rencontrs

Alors laissez-nous de nouveau rver

Aux miracles qui existent, mais ils sont donns

A ceux qui pour les autres font preuve d’une audace dmesure

 

Sœurs salsiennes du Village Marie-Dominique : 10 BP 2034, Abidjan 10 (Cte d'lvoire)

Espoir Sans Frontires : Boissel, 56220 PEILLAC (France)